{"id":1362,"date":"2012-07-20T12:52:46","date_gmt":"2012-07-20T12:52:46","guid":{"rendered":"http:\/\/pierremarielejeune.com\/?p=1362"},"modified":"2018-02-08T15:40:38","modified_gmt":"2018-02-08T15:40:38","slug":"une-sculpture-de-limmateriel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/?p=1362","title":{"rendered":"UNE SCULPTURE DE L&rsquo;IMMAT\u00c9RIEL"},"content":{"rendered":"<p>Pierre \u00a0Marie Lejeune ne sculpte pas la mati\u00e8re, mais directement le vent, l\u2019eau, la lumi\u00e8re.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nParadoxalement, l\u2019artiste \u00e9labore son \u0153uvre \u00e0 l\u2019aide de mat\u00e9riaux lourds : le fer, le verre, l\u2019acier, auxquels il conf\u00e8re des formes simples, primordiales, intemporelles. Il proscrit toute anecdote, tout effet d\u00e9coratif, tout d\u00e9tour inutile. Pour cela, il a recours \u00e0 quelques lettres d\u2019un alphabet imaginaire, \u00a0\u00e0 une signal\u00e9tique myst\u00e9rieuse : \u00a0une \u00a0lettre O, \u00e0 laquelle il adjoint une barre transversale, parfois un lettre U, debout ou renvers\u00e9e, ou bien une \u00a0lettre en forme de L, en position verticale ou allong\u00e9e. Ces trois signes, dans leur d\u00e9pouillement absolu, constituent comme les premi\u00e8res formes de l\u2019humanit\u00e9, des formes non li\u00e9es \u00e0 une quelconque civilisation, orientale ou occidentale, des formes qui appartiennent \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, une sorte d\u2019absolu esth\u00e9tique.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nD\u2019o\u00f9 cette \u00e9vidence majestueuse qui se d\u00e9gage des \u0153uvres de Pierre Marie Lejeune. Comme si elles avaient toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, avant toute civilisation et qu\u2019elles avaient pour vocation de ne jamais \u00eatre d\u00e9plac\u00e9es. D\u2019o\u00f9 leur force aussi. Des sculptures qui expriment l\u2019\u00e9nergie tellurique qui jaillit de la terre, et une fois affranchie de toute pesanteur, s\u2019envole vers le ciel. Il y a dans les sculptures de Pierre \u00a0Marie Lejeune ce paradoxe qu\u2019elles sont \u00e0 la fois pesantes et l\u00e9g\u00e8res, visc\u00e9ralement attach\u00e9es au sol et a\u00e9riennes, brutes et sophistiqu\u00e9es, visibles et translucides, mati\u00e8re et souffle cosmique.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nSoyons plus pr\u00e9cis. Les sculptures de Pierre Marie Lejeune ne cessent de s\u2019emparer du monde qui les environne pour le refl\u00e9ter, l\u2019agrandir, le d\u00e9multiplier. Elles sont recouvertes de miroirs \u00a0d\u00e9coup\u00e9s, ajust\u00e9s sur le mat\u00e9riau brut, et ceux-ci \u00a0r\u00e9fl\u00e9chissent notre univers, devenu soudain multiplicit\u00e9 de fragments kal\u00e9idoscopiques.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nEt voil\u00e0 l\u2019enchantement : ce qu\u2019on aper\u00e7oit, ce n\u2019est plus une sculpture, encore moins un point fixe, mais des jeux de ciel, de paysage, d\u2019univers urbain ou sauvage qui ne cessent de tourbillonner. Les \u0153uvres de Pierre Marie Lejeune sont, pour emprunter un terme cher \u00e0 Daniel Buren, des \u0153uvres \u00ab in situ \u00bb, en ce sens qu\u2019elles entretiennent toujours un rapport dialectique avec leur lieu d\u2019exposition, tant il est vrai qu\u2019elles se doivent autant \u00a0de se montrer que de montrer \u00a0le paysage ou l\u2019architecture qui les h\u00e9berge. \u00a0Les \u0153uvres de Pierre Marie Lejeune sont autant expositions de lieux que lieux d\u2019exposition. \u00a0Des \u0153uvres qui tiennent leur justification de leur environnement \u00a0qu\u2019elles \u00a0ne cessent de reconfigurer \u00e0 l\u2019infini.<br \/>\nLes \u00a0sculptures de Pierre Marie Lejeune peuvent \u00a0\u00eatre regard\u00e9es de deux mani\u00e8res. \u00a0Tout d\u2019abord dans \u00a0la dur\u00e9e contemplative, et c\u2019est vrai que dans leur fixit\u00e9 majestueuse elles apparaissent \u00a0de loin comme les dieux impassibles d\u2019une religion \u00a0oubli\u00e9e. Mais aussi dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 joyeuse d\u2019un espace de jeu. Il convient \u00a0alors de sen approcher de pr\u00e8s, de bouger, de courir, de s\u2019asseoir, ou toute autre activit\u00e9 ludique, s\u2019embrasser ou pratiquer le skate board , et aussit\u00f4t, les paysages, les b\u00e2timents alentour, le ciel et l\u2019espace \u00a0se mettent \u00e0 \u00a0se morceler, \u00e0 se m\u00e9tamorphoser, \u00e0 virevolter comme des esprits du ciels atteints de folie. C\u2019est l\u00e0 \u00a0l\u2019autre \u00a0paradoxe des sculptures de l\u2019artiste : de points fixes elles deviennent espaces mobiles. De fait, ses sculptures ne sont pas des \u0153uvres seulement \u00e0 regarder, mais \u00a0\u00e0 \u00ab exp\u00e9rimenter \u00bb : le moindre mouvement du corps a pour cons\u00e9quence que ciel, terre, et espace entament une valse cosmique qui donne le vertige.<br \/>\nSi l\u2019art peut \u00eatre autant contemplation qu\u2019exp\u00e9rience somatique, l\u2019artiste ne d\u00e9daigne pas de donner parfois un caract\u00e8re utilitaire \u00e0 ses sculptures. Sur l\u2019espace public, les voici devenues fontaines. Le mouvement de l\u2019eau est partie int\u00e9grante de l\u2019\u0153uvre.<br \/>\nL\u2019eau ne se d\u00e9verse jamais de la sculpture comme d\u2019une fontaine classique, c\u2019est-\u00e0-dire en se s\u00e9parant compl\u00e8tement de l\u2019objet, au contraire, le liquide ici fait toujours corps avec celui-ci. \u00a0L\u2019eau dans sa fluidit\u00e9 voluptueuse entretient un dialogue amoureux avec la mati\u00e8re, s\u2019y imbrique, s\u2019y love : \u00a0l\u2019eau et la mati\u00e8re se conjuguent pour former une continuit\u00e9 mouvante et scintillante.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nDans l\u2019espace intime d\u2019une demeure, les voici devenues sculptures lumineuses. L\u2019eau des fontaines est remplac\u00e9e par son \u00e9quivalent solide, le verre. Des coul\u00e9es de verre relient les deux extr\u00e9mit\u00e9s d\u2019un U ou d\u2019un L m\u00e9tallique. Le verre imite le jet d\u2019eau et devient en m\u00eame temps source de lumi\u00e8re. M\u00eame si elles ont pour finalit\u00e9 de servir d\u2019objet d\u2019\u00e9clairage, ces sculptures \u00a0n\u2019ont rien \u00e0 voir avec une quelconque lampe, ou lampadaire. Pierre Marie Lejeune ne se contente pas de poser des objets sur le sol, il \u00e9labore un dispositif sophistiqu\u00e9 qui a pour but de modeler un espace par des jeux d\u2019ombres et de transparences. L\u2019artiste aime aussi jouer sur le contraste des mat\u00e9riaux. Au caract\u00e8re lisse et transparent du verre, il oppose l\u2019aspect rugueux et opaque du m\u00e9tal d\u00e9poli. Il joue aussi sur l\u2019illusion : car le verre dans sa transparence lumineuse ressemble \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 un jet liquide qui s\u2019\u00e9coulerait avec force entre deux extr\u00e9mit\u00e9s. Autant dire que l\u2019enjeu des objets \u00a0de Pierre Marie Lejeune est autant d\u2019\u00eatre utiles que d\u2019exalter le mouvement m\u00eame de la lumi\u00e8re \u00e0 travers l\u2019eau, le verre, l\u2019atmosph\u00e8re.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nQu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, chez Pierre \u00a0Marie Lejeune, le mat\u00e9riau est \u00a0m\u00e9taphore de l\u2019immat\u00e9riel. L\u2019artiste s\u2019attache \u00e0 une esth\u00e9tique de l\u2019espace, que ses \u0153uvres \u00e9clairent, agrandissent, \u00a0r\u00e9inventent en permanence.<br \/>\n\u00a0<br \/>\n\u00a0<br \/>\nThierry LAURENT<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pierre \u00a0Marie Lejeune ne sculpte pas la mati\u00e8re, mais directement le vent, l\u2019eau, la lumi\u00e8re. \u00a0 Paradoxalement, l\u2019artiste \u00e9labore son \u0153uvre \u00e0 l\u2019aide de mat\u00e9riaux lourds : le fer, le &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[1],"tags":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9I49z-lY","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1362"}],"collection":[{"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1362"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1362\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1427,"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1362\/revisions\/1427"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1362"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1362"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/pierremarielejeune.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1362"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}