IF
Pearl Lam, Directrice de Contrasts Gallery
Novembre, 2007
-

Si l’ « art » peut rassembler la ville et ses habitants, alors les sculptures de Pierre Marie Lejeune sont à l’apogée de l’art.

Les sculptures aux formes géométriques et en inox poli emblématiques de Lejeune ponctuent divers centres urbains d’un langage et d’une personnalité qui leur sont propres. Elles donnent vie et suscitent l’émotion de tout un chacun – qu’il s’agisse de l’élite culturelle, d’intellectuels, d’étudiants ou de gens ordinaires sans formation artistique particulière. J’ai vu de jeunes enfants grimper sur ses sculptures en alphabet, riant et criant avec joie ; des ouvriers admirer leur reflets dans les surfaces polies ; des amoureux assis se chuchoter à l’oreille ; et une famille se prendre en photo avec pour fond ces œuvres étranges, qui peuvent paraître passionnément lointaines, intimidantes voire parfois étrangères. Les œuvres de Lejeune s’intègrent dans le paysage urbain et se fondent dans la vie de ses habitants, que ce soit en Europe ou en Chine – dans les villes, les parcs ou le long de la plage.
J’ai rencontré pour la première fois Pierre Marie Lejeune à Paris en 2003. C’est à cette occasion qu’il m’a montrée les catalogues de ses dernières expositions et les photos de ses œuvres. Ce qui m’a impressionnée, c’est qu’en tant que sculpteur, il ne se limite pas à sa seule discipline. Il fabrique des œuvres fonctionnelles et non-fonctionnelles tridimensionnelles sans se laisser influencer par les distinctions opérées par le monde de l’art. Ainsi, j’ai découvert un véritable souffle de liberté dans son expression et j’ai compris quelle frustration il pouvait ressentir en se voyant piégé dans un monde académique tourné vers lui-même qui ne comprend pas l’importance d’artistes multidisciplinaires alors que ces artistes sont au contraire célébrés par la culture asiatique. Cela peut également expliquer la raison pour laquelle Lejeune a débuté son parcours en Chine en travaillant avec Contrasts Gallery. 
 
Le premier projet de Lejeune en Chine consistait en une sculpture présentée au Musée d’Art National au printemps 2005. Il a commencé par créer un groupe de sculptures de formes abstraites ressemblant aux lettres de l’alphabet, qui ont été présentées lors de la Biennale de Sculpture de Shanghai de 2005. Ensuite, l’inspiration lui est venue de créer une série chinoise qui a été présentée à la Contrasts Gallery de Pékin en 2006. Lejeune n’a cessé de participer à diverses expositions organisées par le gouvernement, faisant l’expérience et l’apprentissage des différences entre la Chine et l’Occident. Plus il a eu de difficultés à affronter en Chine, plus il a approfondi son travail pour dialoguer avec le public chinois et en susciter la réflexion. Sa détermination à faire émerger son travail dans le paysage urbain chinois ne l’a jamais abandonné.
Il est important de souligner la curiosité dont fait preuve Lejeune, une curiosité qui l’a encouragé à explorer les formes et motifs architecturaux chinois pour ensuite les adapter à des sculptures gigantesques très impressionnantes présentées en 2006 à l’exposition « Shao Fan et Pierre Marie Lejeune : Sculpteurs – Deux Propositions », dans le cadre du « Festival CROISEMENT(S)/JIAOLIU » à Pékin. Cette série chinoise aux arrêtes anguleuses et saillantes s’oppose, tout en étant complémentaire, aux sculptures emblématiques de Lejeune aux angles ronds et lisses. Pourtant, ces deux séries différentes puisent dans cette même énergie pour former un langage visuel singulier ; ainsi, lorsque toutes ces sculptures ont été installées ensemble au beau milieu de la jungle urbaine de Shanghai en septembre dernier, non seulement ont-elles imposé une harmonie mais elles ont également ouvert un dialogue à destination d’un monde multiculturel.
Remettre en contexte les sculptures de Lejeune dans leur environnement, c’est accepter la vive confrontation que son œuvre développe avec son cadre, qu’il soit fond architectural, paysage ou nature, tout en laissant les passants créer ce dialogue qui interroge et rétablit le rôle de l’ « art » dans notre société.
 
2091
15
1897
1948
1943
1944
1945
1946
1947